Dans ce second épisode de Générations Maroc, cap sur la génération silencieuse. Nés sous le Protectorat, ils ont vu un pays se relever et 3 rois se succéder. Tandis que le monde changeait à toute vitesse sous leurs yeux, ils sont restés fidèles à leurs valeurs. Aujourd’hui, leur histoire mérite plus que jamais d’être écoutée.
LE MAROC DE LEUR JEUNESSE
Ils sont nés dans un Maroc sous contrôle mais jamais soumis. Dans les villes comme dans les médinas, les familles vivaient soudées, veillant à préserver leurs langues, leur foi et leur dignité. Dans l’ombre, les nationalistes s’organisaient, faisaient circuler tracts, discours et messages codés. Les voix de la résistance nourrissaient le projet d’un Maroc libre malgré la censure et la surveillance. Leurs parents leur ont transmis le sens de la liberté et de l’honneur. Le Maroc de leur enfance respirait la résistance d’un peuple qui savait déjà qu’il reprendrait son destin en main.
LES REPÈRES DE LA GÉNÉRATION SILENCIEUSE
Âge en 2025 : entre 80 et 97 ans
Ils ont vu le Maroc renaître sous les vivats du retour d’exil du Sultan Mohammed V, symbole d’un pays réuni autour de son Roi. Ce jour-là, le peuple retrouvait son souverain et à travers lui, sa dignité. Quelques mois plus tard, Mohammed V proclamait l’indépendance du Maroc, ouvrant la voie à la construction d’un État moderne. Des moment gravés dans la mémoire de cette génération.


Lorsque Hassan II monte sur le trône en 1961, ils ont entre 16 et 33 ans. L’âge où l’on commence à travailler, à fonder une famille et à s’ancrer dans la société. Sous son règne, ils assistent à la construction d’un État qui s’organise et se projette.


Mais les années 70 bousculent le pays. En juillet 1971, le putsch de Skhirat éclate en plein anniversaire royal. Un an plus tard, les avions de l’armée visent le Boeing du souverain. Deux secousses violentes qui tentent de faire vaciller la monarchie sans y parvenir. Le pays se relève, la monarchie tient bon. Les marocains y voient la baraka qui veille sur le Trône et le royaume. De ces épreuves naît un sentiment mêlé de crainte et de gratitude, celui d’un peuple qui mesure à quel point la stabilité est précieuse.

Crédit D.R.
Puis vient la Marche Verte. Novembre 1975. Le pays retient son souffle et avance d’un même pas. Des centaines de milliers de Marocains, hommes et femmes, quittent leurs foyers, Coran à la main, convaincus de participer à un moment historique. Derrière cette marée humaine, une organisation millimétrée. Des milliers de véhicules, des tonnes de vivres, des hôpitaux de campagne, une logistique orchestrée par l’armée dans un silence exemplaire. Cet acte de foi et de fierté traverse les frontières et frappe les esprits. Il scelle, plus que jamais, le lien entre le peuple, son Roi et le Sahara marocain.



Cette même génération a vu le prince héritier Sidi Mohammed grandir, participer aux cérémonies officielles, suivre les grands chantiers du Royaume et représenter le Maroc à l’étranger. Une préparation méthodique à la responsabilité qui l’attendait. Quand il accède au Trône, ils y voient la continuité d’un héritage et le début d’un nouveau chapitre. Le pays se modernise, s’ouvre davantage au monde et avance avec confiance, porté par la même exigence et un regard attentif sur son avenir.





Fidèles à leur époque et à leurs habitudes, ils continuent de suivre ce Maroc en mouvement à travers leurs écrans et leurs journaux. Pour eux, s’informer a toujours été une forme de respect envers la patrie. À l’heure du journal télévisé, tout s’arrêtait. On éteignait les conversations et on allumait la vérité. Aujourd’hui encore, ils restent attachés à ce moment « où le pays se raconte vraiment », disent-ils. Le lendemain, Le Matin et L’Opinion prolongeaient les échos de la veille, et en 2025, ça continue, au même rythme… toujours.

De tout ce qu’ils voient et entendent, ils retiennent surtout une chose. Le Maroc avance. Ils le regardent grandir, se moderniser, s’affirmer sur la scène internationale. Ils en mesurent les progrès à travers ses projets, ses ports, ses universités et les avancées sur le dossier du Sahara marocain. Même si YouTube a fait son entrée dans leur quotidien, leur exigence n’a pas changé. Ils choisissent les voix qu’ils écoutent, font confiance à ceux qui expliquent et défendent le pays, zappant le reste. C’est leur façon d’aimer le Maroc.



FIGURES POLITIQUES ET TEMPS DE POUVOIR
Ils ont grandi dans le sillage de la génération des pionniers, hérité de leurs luttes et leurs idéaux. À la radio, la voix de Mohammed V leur rappelait l’unité retrouvée et de cette mémoire est née la conviction que connaître son histoire, c’est honorer ces valeurs et poursuivre l’œuvre de ceux qui ont bâti la nation.

Sous Hassan II, le Maroc cherche son équilibre. Ahmed Balafrej, figure respectée de l’indépendance devient le représentant personnel du Roi. Cette fonction, plus honorifique que politique, le place dans les coulisses du pouvoir sans l’y engager. Autour du souverain, Ahmed Reda Guédira s’affirme comme stratège en chef. Il fonde le FDIC et orchestre les premières législatives de 1963. Quelques mois plus tard, Ahmed Bahnini est nommé Premier ministre, visage d’un État en quête de stabilité. Sa carrière s’achève tragiquement lors du coup d’État de Skhirat en 1971.



Ahmed Reda Guédira, 1922-1995

Le Maroc des années 70 s’ouvre dans la foudre. Juillet 1971, Skhirat. Le palais résonne des rafales d’un coup d’État qui glace le pays. Le général Medbouh, aide de camp du Roi et le colonel M’hamed Ababou, directeur de l’école militaire d’Ahermoumou, mènent la rébellion. L’année suivante, le général Oufkir, ministre de la Défense, orchestre à son tour une tentative de renversement. Ces deux soulèvements venus du cœur même de l’appareil d’État, marquent au fer rouge une décennie. Dès lors, la stabilité devient une cause nationale.
Dans les coulisses du pouvoir, de nouveaux visages émergent. Karim Lamrani, discret et méthodique, il devient l’un des piliers du règne. Trois fois Premier ministre, il incarne la prudence et la continuité. Mohamed Benhima, médecin devenu homme d’État, porte la voix d’une technocratie montante, soucieuse d’efficacité plus que d’idéologie. En 1972, Ahmed Osman, futur fondateur du RNI, est nommé Premier ministre. Il introduit une méthode, un langage. À la fin de la décennie, Maâti Bouabid, avocat au verbe calme, prend la relève : son gouvernement (1979-1983) accompagne un pays en quête d’équilibre.




Les années 80 durcissent le ton. L’État se fait plus vertical. Driss Basri, ministre de l’Intérieur, devient le symbole d’un pouvoir centralisé à l’extrême. Sous son autorité, la stabilité se confond parfois avec le silence. Mais dans l’ombre, d’autres voix resistent. Celles de Abderrahmane Youssoufi, M’hamed Boucetta, Azzeddine Laraki… des figures patientes, obstinées, qui défendent un Maroc plus social, plus réformateur.




À la fin des années 90, l’alternance devient réalité, comme un signe d’apaisement et de maturité. Le pays entre dans une ère moins crispée, plus consciente de son chemin. Ces décennies d’hommes forts et de fidélités tenaces laissent derrière elles l’empreinte d’un Maroc qui, malgré les crises et les blessures, n’a jamais perdu le cap.
Quand Mohammed VI accède au trône en 1999, le pays respire autrement. Le jeune souverain s’affiche proche, mesuré, décidé à réconcilier le Maroc avec lui-même. En écartant Driss Basri, il envoie un signal fort. La transition se fait sans rupture, la « génération silencieuse », habituée à la retenue, observe ce tournant avec une espérance prudente.



En 2004, l’Instance Équité et Réconciliation vient poser des mots sur les blessures d’hier. La reconnaissance apaise. Le même souffle réformateur touche la famille quand la Moudawana redéfinit la place des femmes et secoue les certitudes. Dans les foyers, les débats s’invitent, entre attachement aux traditions et fierté de voir les filles avancer là où leurs mères s’étaient arrêtées. Sur le terrain, routes, dispensaires et écoles changent le visage du quotidien, sans tout réparer. Vingt-cinq ans plus tard, ces hommes et femmes mesurent les progrès et saluent les réformes tout en gardant la mémoire du silence. Leur regard, tendre et lucide, raconte un pays qui avance prudemment, porté par ceux qui ont appris à espérer.

CASSETTES, PLUMES ET GUITARES
Les années où la culture a pris le micro
Dans les librairies et les cafés, la littérature devient une respiration. Ahmed Sefrioui et Driss Chraïbi ouvrent la voie, bientôt rejoints par une nouvelle génération décidée à dire le réel. En 1970, Ali Squalli Houssaini signe les paroles de l’hymne national, donnant à tout un peuple une voix officielle. Dans le même souffle, Mohamed Choukri choque et fascine avec Le Pain nu, tandis que Tahar Ben Jelloun explore les zones sensibles de l’identité et de la mémoire. Leurs mots, longtemps dérangeants, deviennent ceux d’un Maroc qui ose enfin se regarder en face.




Autour d’eux, la revue Souffles agite les consciences. Fondée par Abdellatif Laâbi, elle devient la tribune des poètes, peintres et penseurs de l’époque. Pendant quelques années, elle incarne une effervescence culturelle inédite, avant d’être muselée. Son interdiction en 1972 ne fait que renforcer cette idée que, désormais, créer, c’est résister.
La musique, elle, bat le pouls du peuple. Radio et les vinyles diffusent le chaâbi, Oum Kalthoum réunit les familles… Puis arrivent Nass El Ghiwane et Lemchaheb, mélange explosif de poésie populaire et de rythmes gnawa. Ils disent tout haut ce que d’autres murmurent. Un peu plus tard, Naima Samih émeut les foyers. Dans les années 80, les cassettes audio envahissent les marchés. Pour la première fois, la musique devient un bien accessible à tous. On écoute, on enregistre, on se prête. Les chansons circulent vite, donnant aux voix du pays un pouvoir neuf.




Le théâtre, lui, devient un autre espace de liberté. Au Théâtre National Mohammed V comme dans les troupes itinérantes, les comédiens dénoncent, détournent, font rire pour mieux questionner. L’art visuel s’émancipe aussi. Melehi, Belkahia, Chebaa… inventent une modernité picturale marocaine, ancrée dans les symboles berbères et l’esthétique locale.


Le cinéma avance plus discrètement, mais avec audace. Wechma de Hamid Benani (1970) et De quelques événements sans signification de Mostafa Derkaoui (1974) captent les contradictions d’un pays en mutation. Plus tard, Farida Benlyazid signe Une porte sur le ciel, un film spirituel et féminin dans un paysage encore masculin.



Pour la génération silencieuse, certains se sont méfié de ces audaces, d’autres s’y sont reconnus mais leur silence n’est pas indifférence. Il est pudeur. Ils ont lu, écouté et se sont laissé traverser par une histoire qui se raconte enfin.
CE QUE LA GÉNÉRATION SILENCIEUSE NOUS A LÉGUÉ
En conclusion, l’impact de la génération silencieuse marocaine repose sur sa force tranquille. Sans bruit, oui. Mais pas sans trace. Elle a tenu bon quand tout changeait autour d’elle, gardant le cap avec une fidélité rare. De cette génération, nous héritons la loyauté, la mesure, la dignité. Même si leurs voix se sont tues, leur empreinte demeure, dans nos gestes, nos choix et notre manière d’espérer. Les baby-boomers leur doivent cette force intérieure : celle de croire au progrès sans renier la mémoire.
Journaliste lifestyle, passionnée par l’histoire, le voyage et l'automobile, Khadija Dinia explore le monde à travers ses routes, ses hôtels et ses visages, toujours en quête de sens. Première femme à présider le COTY Maroc (Car of the Year), elle raconte le Maroc dans sa beauté, avec la conviction que savoir d’où l’on vient aide à mieux comprendre ce que l’on devient.
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