Quand on m’a parlé du projet de maison Elie Saab, je me suis demandée si dormir dans une marque pouvait changer notre façon de nous réveiller. Chronique sur le luxe, l’adresse et le vrai chez-soi.
Avant. Dans la vie, on voulait un sac.
Oui, juste un sac. On se disait “quand on aura CE sac, ça y est, on aura réussi”. Quand on l’achetait. On le portait deux mois avant qu’il ne soit rangé dans un coin du dressing. Fin de l’histoire.
Après, on a voulu la montre qui brille… et qui, accessoirement, donne l’heure. L’heure, très important, même si elle s’affiche déjà h24 en gros caractères sur nos téléphones. Mais avec un téléphone, impossible de lever le poignet et de voir les autres s’extasier. La montre, elle, faisait le job.
Mais visiblement, tout ça ne suffit plus. Le sac, on s’en fiche. La montre, bof. Aujourd’hui, on doit habiter la marque. Avant on disait “j’ai acheté Elie Saab”. Maintenant, on peut dire “je vis chez Elie Saab”. Comme si le monsieur allait sortir de votre cuisine chaque matin et vous demander si vous avez bien dormi. Bref.
L’autre soir, tout Casablanca était à la soirée de lancement du projet résidentiel Elie Saab Maison. Un projet qui fait beaucoup parler. Et réfléchir, apparemment. Ce genre de soirée où, si tu n’y es pas, c’est que, soit tu as une très bonne excuse, soit tu es en super pyjama. Moi, j’étais chez moi. En pyjama. Et bien sûr, j’ai vu les stories. Même celles que je n’avais pas envie de voir, mais que l’algorithme m’a imposées.
Et là, je me suis dit. Attends une seconde…
On est vraiment en train de me vendre des maisons à 25 millions de dirhams ? Pas un sac à 2.000 euros. Pas une montre 300.000 dirhams. Un maison à 25 millions de dirhams. Et la valeur ajoutée, elle est où exactement ? Quand je fermerai la porte, quand j’éteindrai la lumière et que je me réveillerai le matin… Est-ce que le café aura meilleur goût ? Est-ce que la maison sera livrée avec un service majordome intégré ? Et si je suis triste ou fatiguée, est-ce que les murs me diront “Courage ma belle, c’est juste une mauvaise passe, regarde le marbre”. Et là, j’irais mieux ?
Franchement. Avec 25 millions de dirhams, moi, je fais un festival. J’achète une maison en ville. Une autre à la mer. Une à la campagne. Un endroit pour fuir les gens et un endroit pour les inviter.
Et il me restera encore de quoi me perdre un peu dans la vie.
Maintenant, je me pose une autre question.
Qui va habiter les maisons-logo ? Des gens qui veulent du prêt-à-vivre. Du goût sans hésitation. Du chic sans débat intérieur ou des gens qui veulent que leur adresse parle à leur place. En fait, avant, on dormait avec son sac à côté du lit. Maintenant, on va dormir à l’intérieur du sac.
Et je trouve ça fascinant. Vraiment.
Pas méchant.
Fascinant.
Pour moi, le vrai luxe c’est encore de rentrer chez soi sans avoir l’impression d’être dans un showroom. C’est oser se jeter dans son salon, marcher sur son tapis et laisser ses enfants sauter et jouer sans avoir peur de rayer le concept. Bien-sûr que j’aime les belles maisons. Mais ce que j’aime surtout, ce sont ces maisons qui racontent une vie. Celles où le café est bon. Où ça sent le pain chaud, la famille nombreuse et le couscous du vendredi. Ces maisons aux portes grandes ouvertes, où les gens sont toujours bien accueillis.
Mais bon. Chacun son rêve. Certains rêvent d’habiter chez Elie Saab. Moi, je rêve d’habiter chez moi. Le seul endroit qui ne cherche pas (encore) à me vendre quelque chose.
Journaliste lifestyle, passionnée par l’histoire, le voyage et l'automobile, Khadija Dinia explore le monde à travers ses routes, ses hôtels et ses visages, toujours en quête de sens. Première femme à présider le COTY Maroc (Car of the Year), elle raconte le Maroc dans sa beauté, avec la conviction que savoir d’où l’on vient aide à mieux comprendre ce que l’on devient.









