Hollywood relance Michael, la France ressuscite Piaf, Gainsbourg et Aznavour, l’Égypte rallume Oum Kalthoum sur grand écran. Pendant ce temps, les légendes marocaines s’effacent doucement sans que le cinéma ne s’empare vraiment de leurs vies. Alors on a imaginé 6 films marocains qu’on rêve de voir exister.
Depuis des années, le Maroc accumule des vies taillées pour le cinéma sans jamais les transformer en films marocains capables de raconter ses grandes légendes populaires. Pourtant, tout est là. Ascensions fulgurantes, voix qui traversent les générations, chansons devenues patrimoine collectif. Des artistes capables de transformer un quartier, une époque ou une jeunesse entière en imaginaire populaire.
Des artistes capables de traverser plusieurs générations sans perdre leur pouvoir émotionnel. Naïma Samih quittant Derb Sultan pour l’Olympia. Hajja Hamdaouia électrisant les années 70. Abdelhadi Belkhayat entre Le Caire, le cinéma et la spiritualité. Nass El Ghiwane transformant une rue populaire en phénomène culturel mondial. À force de voir Hollywood relancer Queen, Elvis ou ABBA avec Mamma Mia!, la France transformer Piaf, Gainsbourg et Aznavour en personnages de cinéma, et l’Égypte rallumer la fascination autour El Sett, une question finit forcément par se poser. Pourquoi le Maroc ne raconte pas ses légendes sur grand écran ?
Les biopics qu’on imagine déjà
Ces histoires qui n’attendent que leurs réalisateurs
Le Maroc possède déjà tout ce que le cinéma recherche. Des destins hors normes, des archives fascinantes, des drames, des triomphes populaires et des figures capables de fédérer plusieurs générations autour des mêmes refrains.

Abdelwahab Doukkali
Cette réflexion est née avec la disparition de Abdelwahab Doukkali. Parce qu’au fond, sa vie ressemblait déjà à un scénario de cinéma. Un enfant de Fès, né dans une famille de 13 enfants en plein protectorat. Un jeune homme qui quitte sa ville à l’âge de 19 ans pour s’installer à Rabat et travailler à la RTM, avant de poursuivre ses débuts artistiques entre studios radio et activités théâtrales à la fin des années 50. Puis viennent Le Caire, les rencontres avec les géants de la chanson arabe et cette soirée privée à Casablanca où il chante devant Oum Kalthoum elle-même. Rien que cette scène mérite sa place dans un film.

Naïma Samih
Et comment ne pas imaginer un film sur Naima Samih ? Une jeune fille de Derb Sultan qui débute modestement avant de devenir l’une des voix les plus aimées du Maroc. Même Feu le roi Hassan II, grand amateur de musique, l’invite régulièrement à chanter au palais et la considère comme l’une des plus grandes voix du pays. Derrière cette ascension, il y a aussi des périodes plus douloureuses, des retraits, des silences et une immense pudeur qui rendent son parcours encore plus romanesque. Son parcours possède déjà la mélancolie et la lumière des grandes héroïnes de cinéma.

Hajja Hamdaouia
Casablanca, années 50. Une femme monte sur scène. Ses chansons sont jugées trop osées. Sa présence, trop libre. Une partie du Maroc conservateur n’est pas prête. Mais Hajja Hamdaouia s’en fiche. Ce que le public ne voit pas encore, ce sont les armes cachées sous les caftans. Derrière la chanteuse populaire, une autre bataille se joue contre le protectorat français. Cette double vie lui vaudra la prison. Elle y entre. Elle en ressort. Et recommence à chanter. Puis elle change tout. Le chaâbi traditionnel bascule. Saxophone, guitare, batterie… Hamdaouia introduit des instruments que le chaâbi traditionnel refusait encore. Sa voix finit par envahir les rues, les mariages et les cafés.
Puis viennent l’oubli, Paris et les petites scènes loin des projecteurs. Jusqu’au jour où de nouvelles générations retombent sur ses chansons dans les festivals, les mariages et sur Internet. Et puis il y a cette scène. Avant de quitter définitivement les planches, Fatima El Gout de son vrai nom lègue tous les droits de son répertoire à Xena Aouita, fille du champion olympique Saïd Aouita. Pourquoi elle ? Comment cette histoire est-elle née ? Voilà exactement le genre de détail qu’un réalisateur devrait raconter. Rideau.

Abdelhadi Belkhayat
Puis arrive Abdelhadi Belkhayat. Casablanca, Le Caire, l’Olympia, le cinéma puis la spiritualité. Rarement une trajectoire aura autant traversé d’univers différents. Le romantisme oriental, les plateaux de télévision, les grandes scènes arabes puis les psalmodies coraniques. Chez lui, le cinéma semble avoir toujours existé avant même qu’une caméra ne raconte son histoire.

Moha Oulhoucine Achibane
Le destin de Moha Oulhoucine Achibane dépasse largement le récit musical classique. Berger dans son enfance puis ambassadeur mondial de l’Ahidous, celui que Ronald Reagan surnommait “Maestro” transforme un patrimoine amazigh ancestral en spectacle international. Son histoire possède une puissance visuelle rare entre montagnes, folklore, diplomatie culturelle et transmission.

Nass El Ghiwane
Et puis il y a Nass El Ghiwane. Là, on dépasse le simple film. On imagine une saga musicale dans le Casablanca des années 70. Au départ, ce sont quelques garçons des quartiers populaires qui bricolent une musique nouvelle avec du bendir, du guembri, de la poésie, du théâtre et les colères de leur génération. Puis tout explose. Les chansons deviennent cultes. Le groupe remplit les salles, traverse les frontières et finit par voir sa musique utilisée dans La Dernière Tentation du Christ de Martin Scorsese.
Mais ce qu’on voudrait voir au cinéma, ce sont les coulisses. Les débuts difficiles. Les séparations. Les tensions internes et les départs. Comment un groupe né dans les rues de Hay Mohammadi finit par devenir un phénomène culturel immense sans jamais perdre son âme populaire.
Ces affiches fictives posent une vraie question

Les bases sont là. Les personnages. Les archives. Les chansons. Les drames. Les concerts mythiques. Les histoires d’ascension sociale. Même les affiches. Fictives, certes, mais elles ressemblent moins à un exercice graphique qu’à une vraie question culturelle. Le Maroc possède ses légendes, ses trajectoires immenses et ses bandes-son collectives. La question n’est plus de savoir si quelqu’un le fera. C’est qui le fera en premier.
Journaliste lifestyle, passionnée par l’histoire, le voyage et l'automobile, Khadija Dinia explore le monde à travers ses routes, ses hôtels et ses visages, toujours en quête de sens. Première femme à présider le COTY Maroc (Car of the Year), elle raconte le Maroc dans sa beauté, avec la conviction que savoir d’où l’on vient aide à mieux comprendre ce que l’on devient.
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