Je suis rentrée à pied après Nostalgia Lovers. À pied. La nuit. Seule. Et non, ce n’est pas le début d’un fait divers.
La ville n’avait pas encore fini de chanter. Mon iPhone cramponné dans ma main, j’aurai pu appeler quelqu’un. Je ne l’ai pas fait. Il y avait juste cette petite voix intérieure en mode GPS anxieux qui se demandait si tout allait bien se passer. Et oui, tout s’est très bien passé. Casablanca était douce ce soir-là. Des concierges en faction devant les immeubles. Quelques conversations qui traînaient sur les trottoirs et une ville éveillée juste ce qu’il faut. Presque humaine. Presque.
Nostalgia Lovers m’a offert la ville que je mérite tous les jours
Pendant trois jours, le parc du Vélodrome a rendu Casablanca légère. Des gens assis sur les pelouses sans avoir l’air de courir après quelque chose. Des enfants en roue libre. Des quinquas qui redeviennent ados aux premières notes de leurs chansons préférées. C’est beau, même quand ils chantent faux. On mange un morceau. On prend un verre. On croise ses amis. On en rencontre d’autres. On est bien. Personne n’est pressé à Casablanca. En 2026. Je vous laisse mesurer l’exploit.
Alors forcément, sur le chemin du retour, j’ai commencé à écrire. Dans ma tête.
Et si on vélodromisait Casablanca ?
Oui, j’invente des verbes maintenant. C’est une chronique, pas un dictionnaire.
vélodromiser (v.tr.) — Décider que les parcs qui existent déjà à Casablanca restent ouverts au-delà de 21h. Voir aussi les verbes : vivre, souffler, traîner sans culpabilité.
Des parcs qui deviennent des salons à ciel ouvert. Des conversations qui décident elles-mêmes quand elles seront terminées. Des amis qui prolongent leur soirée. Des inconnus qui partagent un bout de chemin parce qu’ils rentrent dans la même direction. À pied.

Nostalgia Lovers nous a rappelé quelque chose qu’on avait rangé quelque part entre le boulot et les embouteillages de Zerktouni : les Casablancais aiment leur ville mais ils aimeraient avoir plus d’occasions de la vivre au lieu de simplement la traverser. D’ailleurs, je suis sûre qu’on serait nombreux à signer pour la vélodromisation de Casablanca et vu ce que le wali a réussi à en faire ces dernières années, je suis plutôt optimiste.
Le problème, c’est qu’on a pris goût à quelque chose ce week-end. Et maintenant, on en veut encore.
Journaliste lifestyle, passionnée par l’histoire, le voyage et l'automobile, Khadija Dinia explore le monde à travers ses routes, ses hôtels et ses visages, toujours en quête de sens. Première femme à présider le COTY Maroc (Car of the Year), elle raconte le Maroc dans sa beauté, avec la conviction que savoir d’où l’on vient aide à mieux comprendre ce que l’on devient.









