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ABDELKRIM KHATTABI : D’UN CONFLIT LOCAL À L’INSPIRATION MONDIALE

ABDELKRIM KHATTABI : D’UN CONFLIT LOCAL À L’INSPIRATION MONDIALE

ABDELKRIM KHATTABI : DU CONFLIT LOCAL À L'INSPIRATION MONDIALE

Découvrez toute l’histoire d’Abdelkrim Khattabi, le Vercingétorix rifain, dont la révolte contre le colonialisme a inspiré des figures comme Ho Chi Minh et Che Guevara. Des batailles du Rif à son exil, comment il a influencé sur les mouvements de libération mondiale.


À l’aube du vingtième siècle, un marchand itinérant de poisson, venu des contrées d’Al Hoceima, fut reçu par les Aït Qasem. Au cours de son voyage, son chien fut froidement abattu par un enfant des Ibouneharen, un village voisin. L’hôte porta plainte auprès de ses protecteurs, lesquels réclamèrent à leurs voisins, le prix du sang du chien, soit cinquante Douros que le chef du clan des Ibouneharen refusa de payer.

Face à ce refus, le différend s’envenima, dégénérant en une escalade armée qui vit la perte de douze âmes dès le premier jour de discorde. Au fil des ans, l’escalade des violences fut telle que le décompte macabre s’alourdit de quarante hommes d’une part, et soixante-deux de l’autre, sans compter le marchand de poisson et ceux qui furent assassinés dans leurs maisons.


L’exode de la vengeance


Après une longue et douloureuse bataille, les Aït Qasem, ne comptant plus parmi eux que des personnes âgés et des enfants, ces derniers se résignèrent à quitter leur terre natale. Après avoir liquidé tous leurs bien, ils s’installèrent aux pentes de la montagne sacrée de Zerhoun, près de Meknès, afin de continuer à financer leur lutte pour l’honneur et leur survie.

L’argent réuni servit à embaucher des assassins des villages alentours, avec l’espoir de renverser le cours de cette guerre fratricide. Des contrats officiels, signés en présence d’un notaire, précisaient la somme conséquente promise aux tueurs : 10.000 Douros pour un ennemi tué, 5.000 pour une blessure infligée, et 2.500 si le tir manquait sa cible. La consigne était implacable : ne pas fléchir, ne pas pardonner. Ces commanditaires impitoyables n’étaient autres que les Beni Ouriaghel, une tribu redoutée du Rif marocain, à laquelle les Aït Qasem appartenaient.


Des âmes de guerriers


La rudesse de ces hommes et l’inflexibilité marquée de leurs femmes étaient sans doute façonnées par la nature impitoyable de la chaîne montagneuse du Rif, qui drape le nord du Maroc de ses reliefs abrupts et ses sentiers périlleux.

Ces terres ayant depuis longtemps forgé des âmes guerrières, les tribus du Rif étaient pour ainsi dire, renommées par leurs tempéraments belliqueux et leurs rôles historique dans les conquêtes et défenses des armées berbères. D’ailleurs, n’ont-ils pas été, auprès des Almoravides et des Almohades, à l’origine des incursions de l‘ Al-Andalus. Un proverbe berbère circulait parmi eux, disait «Kul Akhemmass Ad Yawed Yemmas», ce qui signifiait que dans un conflit, il n’y avait pas de place pour la clémence, seul le plus fort devait l’emporter.

La tribu des Beni Ouriaghel incarnait parfaitement cette tradition guerrière. Leurs disputes internes étaient si acharnées et si fréquentes qu’il était impensable de bâtir une maison à proximité d’une autre, menant à un paysage de fermes isolées, chacunes entourées de leurs propres figuiers de Barbarie. Telles des forteresses éparpillées sur des kilomètres, témoins d’un désir d’indépendance et d’une méfiance ancestrale.

Seule l’intervention des chorfas ou descendants de vénérables marabouts parvenait à instaurer un fragile interlude de paix au sein de ces guerriers indomptés.

Lors de ces éphémères accalmies, les Beni Ouriaghel, armés jusqu’aux dents, s’aventuraient sur les rivages, faisant face aux Peñóns ; îlots sous contrôle espagnol depuis le XVe siècle, tels que Vélez de la Gomera ou Alhucemas. Là, ils alignaient leurs rangs sur ce qu’ils appelaient les plages des « Moujahidin », bombardant les lointaines casernes et bastions des colons. S’ensuivait alors une salve d’insultes. Apaisés et déchargés de leur colère, ils rebroussaient chemin en direction de leurs villages où ils pouvaient alors savourer de brefs répits… jusqu’aux prochaines discordes.


Le berceau d’Abdelkrim Khattabi


La tribu des Beni Ouriaghel, dont Mohamed ben Abdelkrim el Khattabi faisait partie, valorisait fortement son autonomie, résistant ainsi à l’influence du Makhzen. Néanmoins, ils furent soumis à l’autorité du Sultan Moulay Hassan Ier, qui en 1895, assigna le pacha Bouchta el Baghdadi à Snada afin de contrôler la tribu voisine des Boqqoya. Cette dernière, connue pour ses incursions maritimes, entraînait des plaintes régulières de la part des nations européennes, qui demandaient au Makhzen de réparer les perturbations occasionnées par les pirates des côtes Rifaines.


Interlude de paix dans le Rif


Durant 7 années, le Pacha Baghdadi réussit à faire régner un semblant d’ordre en s’entourant de caïds et de chefs de tribus locales. Cependant, après le décès de Moulay Hassan 1er et le rappel du Pacha Baghdadi pour de nouvelles fonctions auprès du sultan Moulay Abdelaziz, la siba reprit ses droits dans la région. C’est alors que Bou Hamara, se proclamant sultan, souleva les tribus du Nord. Soutenu par des contrebandiers et des puissances étrangères, il se mit en tête de menacer Fès. Il aura fallu 7 années et l’arrivée au pouvoir du sultan Moulay Hafid pour que l’imposteur soit défait.


L’occupation


Durant cette période, les Espagnols, qui occupaient Ceuta, Melilla et plusieurs petites îles le long de la côte et de l’arrière-pays montagneux du Rif, surveillaient de près les évolutions locales. Bien qu’ils aient tenté d’étendre leur présence, ils rencontraient l’opposition résolue des tribus rifaines. Malgré cette tension, il existait quelques échanges entre les habitants des villages côtiers et les Espagnols, en particulier durant les trêves.

Ils échangeant de manière clandestine, biens et paroles, et parfois même des armes contre des produits locaux. C’est dans ce contexte, à Ajdir, un village face à Alhucemas, qu’est né le futur leader de la rébellion rifaine, Mohamed Ben Abdelkrim, issu de la tribu Aït Boudra des Beni Ouriaghel. Sa famille revendiquait une ascendance au compagnon du prophète, Omar ibn Khattab, d’où le surnom de Khattabi.


La double allégeance


Continuant dans les traces de son père en tant que Cadi, Mohamed Abdelkrim, l’aîné des deux frères, a enrichi son savoir à la mosquée Qarawiyine de Fès, s’imprégnant des courants réformistes de la Nahda islamique. Son frère M’hammed, ouvert aux influences espagnoles, a été orienté vers des études minières à Madrid.

De retour de Fès, l’esprit alerte de Mohamed Abdelkrim a capté l’intérêt des autorités espagnoles qui lui ont offert des postes prestigieux à Melilla, notamment comme éditeur et professeur, allant jusqu’à lui décerner plusieurs honneurs.


Le réveil du Lion


Nommé Cadi en 1914, les convictions de Mohamed Abdelkrim, en particulier son opposition à la présence espagnole, ont finalement provoqué des frictions, mettant en lumière la complexité de sa position entre ses responsabilités officielles et ses idéaux personnels.

Mais de plus en plus préoccupé par les actions espagnoles, Mohammed Ben Abdelkrim, fut profondément affecté par les affronts subis par les musulmans à Melilla.

En 1920, une dispute avec le général Silvestre le conduisit en prison. Il se blessa gravement en tentant de s’évader et, après sa libération, retourna à Ajdir, amer et rempli de ressentiment envers ces Espagnols qu’il avait alors servis.

Dans ce contexte de frustration et de deuil, après la mort de son père cette même année, sa révolte contre l’occupant espagnol commença à prendre forme.


La naissance d’un leader rifain


En juin 1921, déterminés à s’emparer du nord du Maroc, les Espagnols lancèrent une offensive. Deux armées, l’une depuis Melilla et l’autre depuis Tétouan, marchèrent avec l’intention d’assujettir la région sous le commandement du roi Alphonse XIII, attirées par les promesses de richesses minières du Rif. À l’ouest, le général Berenguer avait encerclé le « chérif » Raisouli, connu pour ses actes de brigandage, tandis qu’à l’est, le général Silvestre, rival d’Abdelkrim, progressait vers le territoire des Béni Touzin, proche de celui des Béni Ouriaghel.


Une question d’honneur


Le général Silvestre, animé par un désir de reconnaissance, convoqua tous les alliés locaux de l’Espagne au Peñón d’Alhucemas, leur rappelant les pensions généreuses qu’ils recevaient de l’Espagne et les incitant à se rallier. Il proclama, via un interprète, qu’ils se retrouveraient bientôt ensemble pour célébrer la prise de contrôle espagnole du territoire, suggérant que cette union pourrait se faire avec ou sans la coopération des locaux. Il appelait ainsi les amis de l’Espagne à se déclarer et à se regrouper en prévision de la victoire annoncée.


Le franchissement fatal


Secoués par le discours menaçant de Silvestre, les Rifains retournèrent chez eux dans un silence lourd. Informé des déclarations du général, Ben Abdelkrim fut saisi d’une colère profonde. Il convoqua immédiatement ses proches : son frère Mohammed, son oncle Abdeslam et son cousin Abdelkrim, fils de Haddou. Ensemble, ils jurèrent de lutter contre les Espagnols jusqu’à leur dernier souffle.

Avec cet engagement, ils parcoururent les marchés du Rif, condamnant haut et fort les abus espagnols et appelant à la résistance, jetant ainsi l’opprobre sur ceux qui acceptaient les pensions espagnoles. Fort de cette campagne, ils réussirent à lever une armée issue de leurs tribus et lancèrent leurs hostilités en éliminant les traîtres locaux, ceux-là mêmes qui avaient servi d’espions pour les Espagnols.


Le grand défi


Pour regagner l’estime de leur peuple, les repentis devaient s’acquitter de deux mille Douros et prêter serment sur le Coran, constituant ainsi le début d’un fonds de guerre pour la résistance rifaine. Abdelkrim rassembla ces guerriers indifférents à la mort, prêts à défier l’armée espagnole numériquement supérieure. Il adressa un ultimatum au général Manuel Fernández Silvestre, lui signifiant que tout franchissement de l’oued Amekran serait considéré comme une déclaration de guerre. Les avertissements d’Abdelkrim furent reçus avec dérision par Silvestre, qui ignorait la menace de son ancien détenu.

Le 22 juillet 1921, dédaigneux, Silvestre non seulement traversa l’oued mais établit également un poste militaire à Abarran. Ce jour-là, dans l’après-midi, des milliers de combattants rifains encerclèrent le camp espagnol, et une attaque surprise fit 179 victimes parmi les soldats espagnols, les forçant à battre en retraite, un tournant décisif qui démontra la détermination et la capacité de combat des Rifains.


L’Orage D’Anoual


Dans les jours qui suivirent et après plusieurs affrontements violents, Silvestre prit la décision audacieuse de partir à la poursuite d’Abdelkrim et de ses 3 000 hommes. Ce dernier, maître dans l’art de la guerre de mouvement et précurseur de la guérilla, réussit en seulement deux jours à mettre en déroute l’armée espagnole qui lui faisait face.

Confronté à une situation intenable, Silvestre ordonna le retrait de ses troupes. Cependant, ce qui devait être une retraite ordonnée se transforma en chaos complet. Les Rifains, saisissant l’opportunité, lancèrent une offensive dévastatrice contre les forces désorganisées espagnoles. Cet affrontement est entré dans l’histoire sous le nom de la bataille d’Anoual, une défaite humiliante pour l’Espagne qui perdit environ 16 000 hommes sur les 25 000 engagés et fut un facteur catalyseur de la guerre civile espagnole qui éclata une décennie plus tard.

Abdelkrim fit une prise majeure : 150 canons, 500 mitrailleuses, plus de 25 000 fusils, des centaines de véhicules et du matériel de communication avancé. Les soldats espagnols survivants, dans leur hâte de fuir, abandonnèrent leurs armes sur le champ de bataille.


Le grand dilemme de Abdelkrim Khattabi


Face à Melilla, Ben Abdelkrim hésita à envahir la ville, conscient des possibles répercussions internationales. Il recommanda fermement à ses troupes de ne pas s’en prendre aux prisonniers et décida de ne pas occuper Melilla, une décision qu’il regretterait plus tard, la considérant comme une grave erreur tactique et une occasion manquée qui aurait pu changer le cours de l’histoire.

La nouvelle de la défaite espagnole à Anoual, exacerbée par le suicide du général Silvestre, fit le tour du monde, marquant la première fois qu’une puissance coloniale européenne subissait une telle défaite.

Dans une Espagne déjà en proie à une crise politique et économique, la peur que les Rifains ne commencent un massacre à Melilla et n’envahissent la péninsule ibérique, s’intensifiait. Pour Ben Abdelkrim Khattabi, la victoire d’Anoual surpassa toutes les attentes, lui conférant une immense renommée parmi toutes les tribus du Rif, y compris celles qui lui avaient été hostiles.

Il devint un symbole de la résistance et de la lutte contre les colonisateurs, ralliant même les tribus autrefois réticentes comme les Temsaman et les Boqqoya, qui se joignirent aux Béni Ouriaghel pour former une alliance soudée et fidèle.

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L’échec diplomatique


En 1922, inspiré par ses contacts européens, il proclama la République du Rif, constitua un parlement de chefs tribaux et un gouvernement dans lequel ses proches occupèrent des postes clés. Pour promouvoir la cause Rif, une délégation se rendit en France et en Angleterre mais seule l’extrême gauche européenne exprima son soutien à la cause d’Abdelkrim. En conséquence, les efforts de Jacques Doriot ont été réprimés par les autorités françaises. Pendant ce temps, un commentaire de Neville Chamberlain qualifiant Abdelkrim de « rebel » mit fin à ses espoirs de sensibilisation. Face à ces échecs, Abdelkrim Khattabi choisit de suivre la voie de l’islam pour unifier les tribus sous une foi commune et mener le Jihad contre l’occupation étrangère. Il s’acharna à construire un état avec une armée structurée, une administration et des moyens de communication. Il fit appel aux déserteurs et mercenaires pour former ses troupes et améliora les infrastructures de communication. Toutefois, il garda tout le pouvoir, sans envisager un partage réel.


Libération des prisonniers


Le 27 janvier 1923, après de longues négociations, par l’entremise d’Etchevarieta, Abdelkrim libéra des prisonniers espagnols contre une rançon. Cet homme d’affaires entretenait des relations depuis longtemps avec la famille d’Abdelkrim.

Dans la même année, fort de ses récents succès, Ben Abdelkrim lança une offensive contre son adversaire dans la région montagneuse des Djebala, dominée par le chérif Raisouli.

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Ce dernier, qui avait échappé de peu à l’offensive de Berenguer après la bataille d’Anoual, fut capturé par Abdelkrim avec toute sa famille et ses biens. Raisouli finit ses jours en prison, tandis que sa famille, y compris son fils Khalid, fut réduite à vivre dans la précarité sous des tentes en ruine à Snada.


Dictature et resistance


Face à l’insurmontable résistance des Rifains, l’Espagne, ébranlée, se vit contrainte de se replier, sauf autour de Melilla. Lorsque le Maréchal Primo de Rivera s’éleva au rang de Dictateur d’Espagne, Abdelkrim, ayant déjà capturé Chefchaouen, ne pouvait plus reculer et se devait de renforcer son emprise sur les territoires conquis. En avril 1925, il lança une attaque contre le caïd Madboh d’Aknoul, mettant en péril Taza, ce qui accéléra une alliance militaire entre Français et Espagnols.

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Le Maréchal Pétain, appelé à la rescousse par la France, prit le commandement en 1926, héritant d’une force impressionnante composée de troupes espagnoles et françaises. Les Espagnols, sous la direction de Primo de la Rivera, avaient quant à eux, promis de laver l’affront subi dans le Rif. Malheureusement, ils recoururent à des moyens terribles, en larguant du gaz moutarde sur les populations, enfreignant ainsi tous les accords internationaux. Et ce, malgré l’opposition de Lyautey _lequel les avait lui-même envisagé comme dernier recours.

Ces bombardements incessants contre les civils poussèrent Abdelkrim à ouvrir des négociations, de préférence avec les Français, pour mettre fin au génocide. Ainsi, les discussions s’ouvrirent à Oujda le 6 mai 1926, mais échouèrent aussitôt face aux exigences des colonisateurs.

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En conséquence, une grande offensive franco-espagnole fut lancée, avec des bombardements massifs. La suite des événements a conduit Abdelkrim à se réfugier à Snada, où il chercha à négocier sa protection et celle de sa famille. Le combat des Moujahidines ne cessa point jusqu’en 1926, année où Mohamed Ben Abdelkrim résista pour une dernière fois avant d’opter pour l’exil. Le 27 mai à 2 heures du matin, il se rendit aux français, plutôt qu’aux espagnols, dont il redoutait la vengeance. Il céda et écrit cette lettre au colonel Corap que l’histoire enregistra :

J’ai reçu la lettre par laquelle, vous m’accordez l’aman. Dès maintenant, je puis vous dire que je me dirigerais vers vous… Je sollicite la protection de le France pour moi et pour ma famille. Quant aux prisonniers, je prie qu’on les mette en liberté demain matin. Je fixerai l’heure de mon arrivée demain, avant midi ou à midi.

Signé Mohamed Ben Abdelkrim El Khattabi.

Malgré sa défaite, il conserva sa dignité et son intelligence supérieure, conscient des conséquences de sa reddition pour les tribus qu’il avait menées.


L’exil


Surnommé le Vercingétorix berbère pour sa résistance, Abdelkrim resta un fervent opposant aux colonisateurs, les accusant d’oppression et d’exploitation du Maghreb. Exilé d’abord à La Réunion puis en France, Abdelkrim Khattabi passait la plupart de son temps à s’occuper de son jardin et veiller à l’éducation de ses enfants.

En 1947, la France rapatria des leaders marocains exilés, dont Allal Fassi, Ben Barka, Ouazzani et Messali Haj, dans l’espoir de les réintégrer dans l’échiquier de la politique et apaiser une jeunesse de plus en plus hostile au colonialisme. Après cet exil prolongé, Abdelkrim profita d’une escale à Port-Saïd pour obtenir asile auprès du roi Farouk.

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À l’ombre des pyramides


Une fois en Égypte, Abdelkrim suivit attentivement les événements politiques en Afrique du Nord et dirigea le Comité de libération du Maghreb arabe. Cependant, l’évolution du contexte mondial après la Seconde Guerre mondiale et au début de la guerre froide l’éloigna des évènements en cours. Ses positions, souvent en désaccord avec le nouveau Maroc indépendant et sa réticence à retourner tant que des forces étrangères y étaient présentes, déçurent les jeunes nationalistes.

Conscient que son influence avait diminué face aux jeunes politiciens marocains et que le Maroc avait beaucoup évolué pendant ses 30 années d’absence. Quel rôle allait-il pouvoir y jouer ? D’autant que les jeunes leaders tels que Allal Fassi, Torrès, Ouazzani, Bouabid, Khatib, et d’autres nationalistes qu’il avait rencontré au Caire, ne l’accueilleraient certainement pas à bras ouverts.


Rencontre avec le Roi


Parmi les moments les plus marquants de la vie de Abdelkrim El Khattabi après l’exil, il y eut sa rencontre au Caire avec feu, le Roi Mohammed V. Là, les tensions entre l’ancien combattant rifain et la monarchie Alaouite furent immédiatement apaisées. Les deux hommes partageaient un respect mutuel pour leur lutte commune contre le colonialisme autant qu’ils partageaient les mêmes sentiments liés à leur expérience de l’exil.

En 1952, lors d’un entretien avec l’hebdomadaire égyptien Akher Saa, il a exprimé fièrement son appartenance au Rif en déclarant :

Je suis de race berbère et j’ignore à quel point vous nous sous-estimez mais j’affirme cependant que les berbères sont des gens avancés, qui ont hérité de nombreuses civilisations. Vous ignorez par exemple qu’en tant que berbère, je suis d’origine juive. Mes ancêtres sont ensuite devenus chrétiens, puis musulmans. Maintenant nous parlons l’arabe, langue du Coran, nous nous entendons en berbère, langue de nos aïeux mais nous conversons aussi en français, langue de notre pays asservi.

Ainsi parlait Mohamed Ben Abdelkrim Khattabi, un héros marocain du XXeme siècle.

Héritage et inspiration


Ben Abdelkrim Khattabi décéda au Caire en 1963, laissant derrière lui un héritage de résistance et de dignité. Son insurrection fut une source d’inspiration pour les mouvements de libération mondiale, influençant des leaders tels que Ho Chi Minh et Che Guevara dans leurs guérillas. Mao Tse-Tong le citait comme exemple aux Palestiniens qui souhaitaient apprendre ses stratégies de résistance. Ainsi, la notoriété de Abdelkrim Khattabi s’est étendue internationalement, ralliant les opprimés de tous horizons.

Rédactrice en Chef à Myluxurylife | kdinia@gmail.com | Plus de publications

Khadija Dinia, aka Didije est une journaliste influenceuse qui jongle entre papier et digital, en s’inscrivant aux tendances du moment. Elle met sa plume, son regard et son coeur au service du beau, valorisant tout type de contenu.

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Rachid Boufous
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